Pour apprendre, allez dehors !

Courbés sous leur sac à dos, des bambins de deux à six ans entreprennent une randonnée en forêt, près d’Helsinki. – Photo fournie par l’école

Dans un parc, abrités des regards par des jardins communautaires, une douzaine de bambins dessinent, pendant que d’autres rêvent qu’ils sont capitaines d’un voilier ou grattent la terre à la recherche d’un trésor. En ce début de printemps à Stockholm, l’air est encore frais. Quelques couvertures sont à la disposition de ceux qui souhaiteraient se réchauffer un peu… À la garderie Eurenii, à un jet de pierre du quartier branché de Sofo, les enfants passent l’essentiel du temps dehors, chaque jour de la semaine, été comme hiver ! Repas et siestes compris, comme l’indiquent des landaus sur la pelouse de ce coin tranquille de la ville.

La garderie Eurenii est l’un des nombreux établissements d’enseignement préscolaire de Suède à avoir adopté une pédagogie « extérieure ». Le réseau I Ur och Skur (dehors par tous les temps) compte ainsi 183 adresses dans le pays. Le concept, né dans les années 1980, s’est étendu durant la décennie suivante un peu partout en Suède et dans les autres pays scandinaves. Et il essaime de plus en plus à l’étranger, notamment en Grande-Bretagne et aux États-Unis.

Les programmes suédois pour les jeunes enfants insistent sur la nécessité d’inclure le milieu naturel dans l’apprentissage. Passer beaucoup de temps dehors les rendrait moins sujets aux maladies virales, plus créatifs et plus à l’aise dans leur peau, selon les observations et enquêtes in situ.

Certaines structures scolaires, à l’image des garderies I Ur och Skur, vont plus loin encore. À Copenhague, au Danemark, par exemple, après l’accueil matinal dans un appartement du centre-ville, le Stockholmsgave Centrum emmène en bus sa soixantaine d’enfants âgés de deux à six ans dans un grand jardin en banlieue, près d’une forêt. Au programme, des choses simples, comme faire pousser des légumes, récolter les œufs du poulailler ou faire de la limonade avec des pissenlits. « Beaucoup de petits citadins n’ont plus conscience, lorsqu’ils se rendent dans un supermarché, d’où viennent les aliments qu’ils mangent, constate la pédagogue du centre, Maud Hyde. Ici, ils peuvent assister à tout le processus de la croissance d’une tomate ou d’une laitue. »

Bien sûr, le midi, on mange bio et, si possible, des produits maison, en ajoutant les fleurs et les graines comestibles trouvées au cours des balades dans les environs.

Les jeunes sont aussi éveillés à l’importance de la nature. « Nous leur apprenons à l’observer et à la respecter », dit la pédagogue.

En Finlande, des crèches privées soucieuses de recréer le lien entre l’humain et son environnement ont également germé au cours des 12 dernières années. Helsinki, la capitale de ce pays de lacs et de forêts, compte cinq de ces centres pour jeunes enfants situés en pleine nature.

À la petite maison en bois Mörrintupa, à sept kilomètres du centre-ville, les gamins de deux à six ans sont en immersion totale, que ce soit au jardin ou dans la forêt voisine. Équipés de vêtements adaptés au temps du jour et de leur sac à dos, ils partent faire du ski, construire des cabanes, travailler le bois ou inventer des jeux avec les éléments de la nature. À la belle saison, ils cuisinent aussi dehors et bricolent avec ce qui leur tombe sous la main. « Dans la forêt, les enfants n’ont aucun jouet. Ils doivent faire appel à leur imagination », note la directrice, Carita Kivinen.

Pour les plus grands (jusqu’à 16 ans), l’organisation danoise Skoven i Skolen (la forêt à l’école) a conçu en 2006 un guide éducatif téléchargeable sur Internet, à l’intention des enseignants : des contenus élaborés par des professionnels combinant théorie, expliquée en classe, et son exploitation dans la vraie vie, c’est-à-dire dans l’environnement naturel.

La méthode, appelée udeskole (école de dehors), qui doit se pratiquer de façon régulière, se prête brillamment aux matières les plus diverses : mathématiques, sciences ou même langues étrangères, comme le français et sa palette de nuances pour décrire les choses et les êtres.

« Nous avons remarqué qu’avec l’arrivée des ordinateurs, beaucoup de jeunes avaient perdu le contact avec la réalité, raconte Malene Bendix, coordonnatrice du programme udeskole. Lorsque j’étais enfant, nous jouions beaucoup plus dehors, et cette proximité avec la nature éveillait notre curiosité du monde. Comment les choses fonctionnent-elles ? Pourquoi le ciel est-il bleu ? »

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Les spécialistes de l’intelligence — Piaget en tête, dont s’est inspirée cette « forêt à l’école » — sont formels : un apprentissage doublé d’une utilisation concrète des connaissances fraîchement acquises a plus de chances de marquer durablement les enfants. « Votre corps vous rappellera l’expérimentation vécue », assure Malene Bendix. La formule du calcul de la vitesse se retiendra ainsi plus facilement par l’expérience d’une pomme jetée à la rivière dont on mesure la rapidité de parcours sur une distance donnée. De même que le vocabulaire acquis à l’aide d’un carnet de la forêt, compagnon de sorties des plus petits.

Le site skoven-i-skolen.dk compte jusqu’à 65 000 visites par mois, avec des pointes à la belle saison. Un nombre de plus en plus grand d’écoles au Danemark, mais aussi à l’étranger (Suède, Finlande, Norvège, Islande, Groenland, Estonie, Lettonie, Lituanie, Allemagne), viennent y puiser gratuitement la matière première pour leurs apprentissages sur le terrain.

Et l’intérêt pour cette démarche éducative s’étend même au-delà de l’Europe grâce au réseau Learning About Forests (LEAF), dont les ramifications mènent jusqu’au Japon. Les jeunes peuvent aussi trouver sur ce site Internet des explications pour créer nichoirs à oiseaux ou sifflets, par exemple, soit le plaisir de plus en plus rare de faire quelque chose d’utile de ses deux mains.

Photo : Muriel Françoise

Source: http://www.lactualite.com/societe/pour-apprendre-allez-dehors/